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04.07.2004

Festival : Le Nguon sème sa 540e graine . 

Michel Ferdinand, à Foumban

Le peuple Bamoun se prépare à célébrer sa culture en décembre prochain.

La prochaine édition du Nguon, la plus grande manifestation culturelle des Bamoun, se célèbre cette année du 10 au 12 décembre 2004. C’est l’essentiel d’une importante déclaration faite le 3 juillet dernier par le sultan des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya, à l’occasion d’une cérémonie dite de lancement officiel d’un rendez-vous devenu biennal depuis quelques temps.
Un événement qui sera à sa 540e édition, et qui sera marqué par l’entrée en scène -ce qui est une innovation- de la commission de communication marketing et relations internationales (Ccmri), que préside Adalbert Ngouloure Mouliom. Laquelle devra, en l’espace des cinq mois à venir, non seulement se déployer pour faire rentrer des fonds nécessaires ; mais également s’atteler à retracer l’historique et l’importance d’une rencontre séculaire. Ce ne sera pas un hasard si, parmi les multiples facettes du Nguon, le shümom, l’écriture bamoun, inventée par le roi Njoya, retienne l’attention et suscite le plus de débats. L’œuvre d’un des célèbres chefs du peuple bamoun du Noun a contribué à valoriser une culture visible sur près de sept siècles. Elle est devenue, peu à peu, le miroir qui peut le mieux rendre compte de la situation actuelle de la descendance de Nchare Yen, celui-là même qui a posé les jalons d’un royaume qui continue à exhiber l’essentiel de son potentiel culturel. Parce que le Nguon marque effectivement des points.
Il marque aussi cette étape décisive pendant laquelle, hommes et femmes s’accordent pour définir la configuration du futur, après s’être livrés à une critique du passé. Car, au-delà des querelles religieuses, les positions fondamentales qui relèvent du Nguon n’ont guère varié. Le débat est de plus en plus porté sur la place publique. D’ailleurs, c’est toute la population qui s’y précipite pour évaluer les différentes contributions: " La manifestation revêt plusieurs aspects. Le Nguon a pour objectif de faire le tour des événements qui se sont déroulés pendant les deux précédentes années dans le royaume bamoun. Là, on observe où il y a eu des insuffisances. Le roi est interpellé, si sa responsabilité est mise en cause. Le peuple essaye de procéder à d’autres critiques. L’avis du peuple ne saurait se concevoir en marge de la vie de la nation camerounaise ", a déclaré le président du comité d’organisation du Nguon 2004, Zacharie Nji Vah, vendredi dernier à Foumban, lors d’une rencontre avec les médias. Pour dire en fait que le Nguon, c’est tout un rituel : le sultan sort de son palais et s’installe sur le trône des grands jours. Un moment où le détenteur du pouvoir traditionnel est appelé à rendre compte de sa gestion, et peut même perdre ses attributs au cas où de graves lacunes pouvant mettre en péril les équilibres de la région sont constatées. C’est aussi un instant de purification.

Histoire
Le Nguon, en réalité, ne date pas d’aujourd’hui. La fête la plus courue dans la zone prend ses racines dans les profondeurs d’un lointain passé. Loin des tentatives de

définition (société sécrète, instrument de musique, grande fête du royaume), le Nguon était au départ réservé aux initiés, d’après un témoin de l’histoire : " Ceux qui sont dans le secret forment une société fermée dont les membres sont tenus d’être discrets sur ce qu’ils ont vu et sur ce qui est décidé ". C’est ainsi que chaque village avait son Nguon, les jumeaux et les notables aussi. De sorte que les Nguon se réunissaient pour préparer une fête unique. C’était alors le moment de dénoncer tous les abus, de réparer les injustices. On en profitait aussi pour payer le tribut au roi. Surtout après la récolte du mil qui était la principale nourriture des Bamoun à l’époque. Chaque contrée en apportait selon ses richesses. Le Nguon était et continue à être l’occasion pour les croyants de louer Allah pour qu’il veille sur la " promotion de l’économie, la redistribution des richesses du royaume, la constitution et la répartition des réserves alimentaires".

Afin que la paix règne, que les maladies cessent et que s’installent la prospérité et la fécondité. Au fil des années, le rassemblement a pris l’allure d’une manifestation de force, d’un défi lancé à l’endroit des peuples riverains du Noun. Ce que le colonisateur français n’a pas du tout apprécié. En 1924, le Nguon est interdit par l’administration coloniale pour des raisons à la fois politique et administrative. Le Nguon est relégué aux calendes grecques. Au point de perdre sa symbolique dans les consciences. Le temps a passé. Le Cameroun s’est progressivement constitué en Etat-nation, le souverain devenant un simple auxiliaire de l’administration. Les mutations sont profondes. Jadis animistes, les Bamoun sont désormais partagés entre l’Islam et le Christianisme. Il fallait donc repenser la formule. Pas peut-être pour revenir au Nguon d’antan, mais à une fête qui devait présenter les exploits d’un peuple inspiré par les parades des grands empires islamiques: Chacun arborait son plus beau costume et de précieux bijoux. Le roi lui-même apparaissait dans une splendide gandoura.

Des cortèges de danseurs, avec des masques d’animaux ou d’hommes sur la tête, traversaient la place des fêtes. Cela se passait comme ça, chaque année, avant l’interdiction. Si bien qu’après sa réhabilitation, le Nguon n’avait plus de périodicité fixe. Le défunt sultan, Seidou Njimoluh Njoya, avait essayé de le convoquer tous les dix ou quinze ans. En 1976 par exemple, il faisait découvrir le Nguon au public, à ses épouses. Parce qu’il faut relever qu’avant cette date, femmes et enfants devaient s’enfermer quand ils entendaient un instrument du Nguon. On a alors franchi l’époque de la modernité, où tout le monde veut avoir un regard sur la marche des affaires du royaume. Où tout le monde veut creuser la réflexion, de manière à savoir comment Nchare Yen avait pu " fédérer des peuples ". Dès lors qu’on sait que deux cents ethnies ont fusionné pour parler une seule langue : le bamoun. Ce ne sera pas de trop si l’on se transportait dans les couloirs d’un passé glorieux pour être mieux outillé, et éviter l’improvisation tout simplement.
 

Source: Mutations | Hits: 4374 | Envoyer à des amis  ! | Imprimer ! | Réagir(0)

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